Le retour discret des loutres dans les cours d'eau
« Je suis un chercheur de crottes de loutre », s’amuse Damien Lerat, à genoux sous un pont du Ternin, une rivière qui traverse la petite commune de Sommant, dans le Morvan.
Chargé de mission Faune sauvage à la Société d’histoire naturelle d’Autun (SHNA), il en a repéré une au bord de l’eau. Encore faut-il être sûr qu’il s’agit d’une « épreinte », mot qui désigne l’excrément de ce discret mammifère semi-aquatique.
Premier indice : la présence de petites arêtes, qui indique que l’animal a consommé du poisson. La preuve formelle est olfactive : l’odeur qui s’en dégage ressemble effectivement à celle du poisson. À quelques dizaines de centimètres, sur un petit banc de sable, quelques empreintes caractéristiques signent la présence de la loutre : cinq coussinets et de petites griffes non rétractiles. Tandis qu’un peu plus loin, les restes d’une écrevisse décortiquée attestent d’un récent festin. Ces investigations supposent une grande humilité de la part des membres du Groupe Loutre Bourgogne. Leur œil exercé leur permet de localiser les indices de présence, mais n’a que très rarement la chance d’en observer un spécimen en milieu naturel.
« Personnellement, en vingt ans, je n’en ai vu que deux fois », reconnaît Damien Lerat, animateur du groupe qui compte une centaine de personnes dans la région. Bénévoles, agents de l’Office français de la biodiversité ou du parc naturel régional du Morvan, ils se mobilisent pour mieux connaître la répartition de cette espèce. Impossible d’évaluer précisément leur nombre dans la région. Au début et au milieu du XXe siècle, la loutre d’Europe a payé un lourd tribut à la qualité de sa fourrure. Jusqu’à la protection de l’espèce, en 1972. Mais l’arrêt de la chasse et du piégeage n’a pas signifié un redémarrage rapide des populations. La dégradation de son habitat après la Seconde Guerre mondiale lui a fait du mal : égouts déversés dans les rivières, travaux de modification des berges…
« C’est bon signe »
Depuis quelques années, pourtant, la tendance semble s’inverser.
Depuis le début des années 2010, l’espèce est de retour en Saône-et-Loire où on l’avait crue disparue. « C’est bon signe, se réjouit Damien Lerat, cela signifie qu’il y a plus de végétation au bord des cours d’eau, que les ressources alimentaires (poisson et écrevisse) sont plus abondantes, donc que la qualité des eaux s’est améliorée ».
En 2022, une autre bonne nouvelle est arrivée : la première preuve de reproduction de l’espèce dans la région
Des actions de préservation
Le retour de la loutre en Saône-et-Loire ne signifie pas qu’elle va prochainement proliférer comme les ragondins… Pourquoi ? Parce qu’il s’agit d’une espèce globalement solitaire dont chaque spécimen évolue sur un vaste territoire : environ 20 kilomètres de cours d’eau pour un mâle et cinq kilomètres pour une femelle. « La dynamique de reproduction est assez faible, note Damien Lerat. Les femelles sont sexuellement matures vers 3 ou 4 ans, pour une espérance de vie de 6 à 7 ans. De plus, environ 60 % des jeunes loutres meurent avant 1 an. Au final, durant sa vie, une femelle ne donnera naissance qu’à deux à quatre jeunes ». Malgré tout, l’espèce progresse doucement grâce aux efforts du Groupe Loutre Bourgogne : accompagnement des contrats de rivière et des restaurations de cours d’eau ; aménagement, avec les agences de l’eau, de « banquettes » qui permettent aux loutres de passer sous les ponts sans risquer d’être percutées par une voiture ; signatures de convention « Havres de paix » avec des propriétaires pour préserver et développer les habitats favorables le long des rivières.
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