L’île du beurre ou la nature tranquille
Cinq familles de castors vivent ici, au bord de cette lône tranquille d’un vert opaque. Un bras du Rhône qui enserre l’île du beurre. « Cela fait environ trente individus. Les parents, les deux enfants de l’année, ceux de l’année précédente. Ensuite, les enfants partent s’installer plus loin », indique Aurélie Couët, chargée de mission pour le Centre d’observation de l’île du beurre.
Oubliées, l’agglomération lyonnaise et la vallée de la chimie pourtant proches, la voie ferrée, l’autoroute A7. Ici, au sud de Vienne, dans la commune de Condrieu, on chuchote spontanément derrière les palissades ajourées d’où on peut observer les animaux. Il est interdit de quitter le sentier, de cueillir quoi que ce soit. « Protéger le milieu, c’est éviter de le déranger », résume Aurélie.
Seuls quelques cyclistes troublent le bruissement de la forêt. « Une forêt qu’on laisse évoluer. On sait par exemple que le gros bois, 60 centimètres de diamètre et plus, favorise la biodiversité. Les oiseaux, en particulier des pics, s’installent plus facilement pour nicher », poursuit Aurélie sur le sentier.
Le plus simple, le plus efficace pour la reproduction, consiste donc à laisser faire la nature. Outre quatre sortes de pics, il y a les hérons cendrés, différents passereaux, des coléoptères tels le lucane cerf-volant. Ils cohabitent avec le castor, la grenouille agile, le renard, le blaireau ou encore la genette tigrée, qui descend des coteaux vignerons chercher ses repas.
Le castor est là depuis très longtemps
On n’y fabrique pas de beurre, même si une petite ferme existait ici au siècle dernier, avant d’accueillir le centre d’observation de la nature de l’île. Le beurre, ici, c’est une déformation du mot celte « beber », le castor. L’animal bûcheron loge donc ici depuis des millénaires. Il aurait peut-être déguerpi, tant le Rhône a été domestiqué au fil du temps, si des adhérents de la Frapna (Fédération Rhône-Alpes de protection de la nature) n’avaient pas bataillé pour la protection de son biotope. Jusqu’à aboutir, en février 1987, à un arrêté préfectoral protégeant l’île. Désormais plusieurs partenaires publics et privés sont associés au centre d’observation, dans lequel travaille une équipe permanente de sept personnes. L’île de la chèvre, toute proche, et l’île Barlet, dans la commune de Saint-Romain-en-Gal, sont aussi, en partie, des espaces protégés.Creuser les étangs pour éviter qu’ils ne se referment
Tout irait bien dans le meilleur des mondes animal et végétal ? Presque. Il y a quand même ces cultures, toutes proches, extérieures au périmètre protégé, arrosées en plein soleil cet après-midi-là. Et aussi quelques espèces végétales invasives.
« Nous savons que la jussie, une plante aquatique qui peut asphyxier le milieu, est présente en amont et en aval ». La renouée, le bambou, l’érable negundo sont aussi sous surveillance… « Parce que quand c’est trop tard, cela devient compliqué de pouvoir agir ».
Il y a également moins de poissons dans les étangs de l’île de la Chèvre. Leur niveau baisse, ils menacent de se refermer. Les roseaux qui hébergent la rousserolle effarvatte gagnent du terrain, derrière eux la forêt progresse. Alors l’humain a déjà programmé un coup de pouce à la biodiversité. « Nous allons recreuser un peu les étangs. La température de l’eau baissera, ce qui devrait permettre l’arrivée de brochets ».

À suivre
Comment la LPO préserve la nidification des busards cendrés
Le volatile a changé : il niche désormais en milieu agricole ouvert
Que faire pour sauver les espèces en danger ?
Le constat est de plus en plus inquiétant : au fil des ans, le déclin des espèces continue de..
Yann Laurans, directeur des programmes chez WWF France.
Effondrement de la biodiversité : « Le facteur clé, c’est notre alimentation »









