Que faire pour sauver les espèces en danger ?

Nous sommes bel et bien face à une sixième extinction de masse. Si rien n’est fait, c’est l’ensemble du vivant qui risque de s’effondrer. Mais Il est encore temps d’agir !

C'est un effondrement qui se fait à bas bruit. Moins spectaculaire que les incendies, les cyclones et les inondations… Moins éprouvant que les records de température encore battus cet été dans l’hémisphère nord.

Pourtant, partout dans le monde, les espèces disparaissent sous nos yeux à un rythme alarmant. Il suffit d’ailleurs de tendre l’oreille et d’ouvrir les yeux pour s’en apercevoir.

Nos campagnes, nos villes, nos jardins sont devenus plus silencieux. Nos pare-brise, autrefois constellés d’insectes sur la route des vacances, sont propres désormais.

Et ce n’est pas franchement une bonne nouvelle. Mammifères, poissons, oiseaux, amphibiens, insectes… c’est l’ensemble du monde animal qui est victime d’une hécatombe silencieuse. Nous traversons une crise du climat et de la biodiversité qui sont intrinsèquement liées, le changement climatique étant en passe de devenir la première cause de disparition des espèces si nous ne parvenons pas à limiter le réchauffement à 1,5°C.

Qu’est-ce qu’une espèce protégée ?

Une espèce animale protégée est une espèce sauvage qui fait l’objet de mesures de conservation, peut-on lire sur le site service public.fr. En France, les espèces protégées sont listées par arrêtés ministériels.

Les actions suivantes sont interdites :
- détruire ou enlever les œufs ou les nids des animaux de ces espèces ;
- mutiler ces animaux, les tuer ou les capturer ;
- perturber intentionnellement ces animaux dans leur milieu naturel ;
- les naturaliser ;
- transporter, colporter, utiliser, détenir des animaux de ces espèces ;
- mettre en vente, vendre ou acheter des animaux ;
- il est également interdit de détruire, de modifier ou de dégrader les habitats naturels de ces espèces.

Il est ainsi par exemple interdit de capturer, détenir, tuer les hérissons, les écureuils, les castors, les loutres, les lynx, les ours, les vipères aspic, les salamandres noires...

Le fait de ne pas respecter ces mesures de protection est puni de trois ans d’emprisonnement et de 150 000 € d’amende. Au niveau international, la protection des espèces sauvages est organisée par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (Cites), également appelée Convention de Washington. L’objectif de la Cites est de garantir que le commerce international des animaux et des plantes inscrits dans ses Annexes, vivants ou morts, ainsi que de leurs parties et de leurs produits dérivés ne nuise pas à la conservation de la biodiversité et repose sur une utilisation durable des espèces sauvages.

69% des vertébrés ont disparu en 50 ans

Selon l‘édition 2022 du rapport “Planète Vivante” de WWF, 69 % des animaux vertébrés ont disparu entre 1970 et 2018.
La chute est plus vertigineuse encore dans les zones tropicales (94 %) ou les milieux d’eau douce (83 %). Du côté des insectes ce n’est guère plus réjouissant : une vaste étude parue en 2019 dans la revue scientifique Biological Conservation, indiquait que plus de 40 % des espèces d’insectes sont en déclin et un tiers sont menacées. Un rapport de l’IPBES (plateforme créée par l’ONU sur la biodiversité) paru en 2019 estimait qu’environ un million d’espèces animales et végétales sont menacées d’extinction, notamment au cours des prochaines décennies, ce qui n’a jamais eu lieu auparavant dans l’histoire de l’humanité.

La France, qui abrite environ 10 % de la biodiversité mondiale connue, n’échappe pas à l’hécatombe et figure même parmi les pays hébergeant le plus grand nombre d’espèces en danger : 14 % des mammifères, 24 % des reptiles, 23 % des amphibiens et 32 % des oiseaux nicheurs, 19 % des poissons d’eau douce et 28 % des crustacés d’eau douce sont sur la liste rouge de l’IUCN (Union internationale pour la conservation de la nature). Au total, 2 005 espèces menacées au niveau mondial sont présentes sur le territoire, en métropole et en outre-mer (lire notre infographie en p. 8 et 9). On connaît depuis longtemps les causes de cet effondrement. Dans son rapport, WWF identifie six menaces clés, toutes liées à l’activité humaine : l’agriculture, la chasse, l’exploitation forestière, la pollution, les espèces envahissantes et le changement climatique.

Face à ces bouleversements, certaines populations résistent plus que d’autres. « Plus les espèces sont spécialisées et ont besoin d’un habitat et d’une alimentation spécifiques, plus elles sont fragiles. Plus elles sont opportunistes et capables de s’adapter à des environnements variés, mieux elles se portent », précise Yann Laurans, directeur des programmes chez WWF France (lire notre entretien en p.6).

Un exemple : « Le loup est un animal opportuniste avec une grande capacité d’adaptation aux milieux, poursuit-il. Sa dynamique de population est forte. Le lynx, en revanche, est plus fragile (lire en p. 3) et nous ne sommes pas du tout tranquilles sur son évolution future. »

Des efforts de conservation efficaces

Les solutions ? On les connaît aussi mais elles impliquent des changements profonds dans l’organisation de notre société : notre alimentation, notre façon de produire et de consommer, de nous déplacer, notre technologie. Sur le terrain, des efforts de conservation portent leurs fruits, en protégeant les espèces et les espaces. « Des rapaces comme le faucon crécerelle, le faucon pèlerin, qui ont bénéficié de mesures de protection se portent mieux », souligne Yann Laurans qui insiste sur la responsabilité de nos gouvernants et des entreprises sur le sujet. Encore une fois, la situation est certes dramatique mais elle n’est pas désespérée. Nous avons encore une chance d’agir. C’est maintenant ou jamais.