Eviter l’extinction des papillons de jour

AIN. Avec ses zones montagneuses, ses zones humides, ses forêts et ses prairies, le département constitue une terre d’accueil idéale pour les différentes espèces
de papillons de jour.

L’ effet papillon. Ou quand une petite perturbation dans un système peut entraîner des conséquences considérables et imprévisibles. Dans le cas du lépidoptère, la formule est toute consacrée. Selon l’indicateur de naturefrance, le service public d’information sur la biodiversité, plus de deux tiers des départements ont perdu au moins une espèce de papillon au cours des vingt dernières années.

Portés disparus

À lui seul, le département de l’Ain en a perdu huit. Portés disparus : le fadet des tourbières, ou encore le mélibée, deux espèces endémiques des zones humides, autrefois observées dans la Dombes. Manque également à l’appel, parmi les spécimens disparus : l’hermite, hôte emblématique des prairies. Des disparitions qui ne doivent rien au hasard. Stéphane Gardien, naturaliste indépendant, spécialiste des lépidoptères, résume les origines du mal : « L’extinction de ces espèces est directement liée à la destruction de leur habitat. Dans ces cas précis, l’érosion de la biodiversité est due à l’action de l’homme et à sa façon de coloniser certains espaces naturels. Ces papillons ont disparu à cause du réchauffement climatique, des changements de pratiques agricoles, l’usage de pesticides, d’herbicides, ou encore, dans une moindre mesure, l’apparition d’espèces exotiques envahissantes. » Conscients des dégâts occasionnés, l’État, via le ministère de la Transition écologique, et la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal), ont mis en place un plan d’action spécifique à la sauvegarde des papillons diurnes. Ce plan, validé en 2018, court jusqu’en 2028. Objectif : sauver une population qui bat de l’aile. Dans l’Ain, l’apollon, dans les zones montagneuses, est protégé. Tout comme le cuivré des marais, l’azuré des mouillères, de la sanguisorbe, ou encore le damier de la succise et le fadet des laîches, dans les différentes zones humides aindinoises.

« L’interface entre les mondes végétal et animal »

Outre leurs beaux atours, ces papillons emblématiques du département ont leur rôle à jouer au sein de la biodiversité. « Ce sont des insectes pollinisateurs qui jouent un rôle important dans la reproduction des plantes. À l’état de chenilles, ils nourrissent les oiseaux et les chauves-souris. Le papillon est l’interface entre le monde végétal et le monde animal », souligne Stéphane Gardien. Un patrimoine vivant qu’il faut se donner les moyens de conserver. Le naturaliste prévient : « Les structures en charge des espaces naturels vont être amenées à dépenser beaucoup d’argent, ne serait-ce que pour maîtriser le foncier. Sans foncier, on ne peut pas agir comme on le souhaite pour conserver les espèces et leur habitat. »

Des dispositifs aux quatre coins de l’Ain

Stopper l’hémorragie. C’est le mot d’ordre du Plan national d’action en faveur des papillons de jour. Dans l’Ain, plusieurs dispositifs de restauration des habitats ont été mis en place depuis 2018. Les moyens mis en œuvre varient en fonction des espèces protégées et de leur lieu de villégiature. Dans la forêt domaniale de Seillon, des mesures de gestion des espaces herbeux proches des sentiers ont été prises pour préserver la bacchiante, un papillon de lisière. Un exemple parmi d’autres. « Différentes techniques peuvent être mobilisées, explique Stéphane Gardien. Dans les tourbières, on remet en eau, on bouche les drains de façon à ce que les terrains puissent se rengorger d’eau. » Un moyen de mettre le cuivré de la bistorte dans les meilleures conditions. Quid du cuivré des marais, de l’azuré des mouillères ou du damier de la succise ? « Dans zones humides, la pratique de l’écopâturage est de plus en plus utilisée », indique le spécialiste. Comme au marais de Vaux, à Cormaranche-enBugey, où des tarpans, une race rustique de chevaux, pâturent en compagnie de bovins highland.