Le vautour percnoptère surveillé de près

Malgré différents plans d’action aux niveaux national, européen et international, sa population a du mal à dépasser le stade critique

En France, on compte deux noyaux de population de vautour percnoptère. Le plus important vole au-dessus des Pyrénées avec près de 70 couples ; ailleurs, le Sud en héberge une vingtaine, essentiellement le Vaucluse et l’Ardèche avec quatre couples chacun. Pour le Vaucluse, Cécile Ponchon, chargée de mission Vautours au Conservatoire d’espaces naturels (CEN-Paca) et coordinatrice du suivi et de la mise en place en place du Plan national d’actions (2015-2024), précise que trois couples ont niché cette année en Petit Luberon, et un en Ventoux. « Un couple n’a pas réussi à se reproduire, mais on compte quand même quatre poussins car, fait rare, un couple en a eu deux. » Tous les petits sont bagués, ce qui permet un suivi de ces percnoptères « dont chaque individu a de la valeur : les reproducteurs sont rares et la majorité sexuelle n’est atteinte qu’à 6 ou 7 ans. Et on ne revoit pas tous les petits, dont certains décident de s'établir en Espagne ou meurent pendant la migration ou en hivernage ».

Indépendant et sociable à la fois

Contrairement à d’autres espèces, le percnoptère ne vit pas en colonie : les couples nichent isolément et reviennent chaque année dans le même nid, loin de leurs congénères. Même les petits, parvenus à l’âge adulte, ne s’installent pas à proximité du nid qui les a vus naître. En revanche, ils vivent sans problème près d’autres vautours, même en colonies, et partagent les falaises adéquates. Cette cohabitation leur est aussi utile pour leur nourriture. Sur la carcasse d’un animal d’élevage (déposé dans une placette) ou sauvage, c’est le vautour fauve, le plus gros des vautours, qui intervient en premier : sa corpulence et son bec lui permettent de couper les chairs et peaux, et l’absence de plumage autour de son cou lui facilite l’entrée et la sortie à l’intérieur des carcasses. Le vautour moine arrive ensuite, et continue l’œuvre de dépeçage. Le percnoptère peut alors se servir sur les parties moins charnues, ainsi mises à nu par les précédents convives. Le gypaète barbu vient en dernier pour se régaler des os. Dans cet ordre naturel, les espèces s’organisent pour ne pas se nourrir aux mêmes heures.

Un vautour original

Le vautour percnoptère (Neophron percnopterus) est un vautour atypique par bien des aspects. Reconnaissable par son plumage blanc cassé et noir, et sa tête devenant jaune orangée à l’âge adulte, il est plutôt petit (de 50 à 60 cm, avec une envergure de 160 à 170 cm) et ne pèse que 2 kilos. Avec une espérance de vie de 20 à 30 ans, les couples formés restent unis et donnent naissance à un poussin par an en moyenne. C’est le seul vautour européen migrateur : les populations installées en France et en Espagne, jeunes et adultes, partent en septembre pour hiverner au Mali et en Mauritanie, un voyage de 5 000 à 6 000 km qu’ils effectuent en 15 à 30 jours. Les couples reviendront en mars. Comme tous les vautours il est charognard, mais peut agrémenter ses menus de déchets ou d’excréments, voire d’insectes ou petits reptiles vivants. Un vrai nettoyeur de la nature !

Dérangé par certaines activités humaines

Espèce protégée depuis 1976, la population française des percnoptères a chuté au siècle dernier, principalement du fait des mutations des activités humaines. La multiplication des câbles électriques est l’un des facteurs de décès de nombreux individus, ainsi que les empoisonnements, directs ou indirects. La baisse des pratiques pastorales et les possibilités de nourriture avec les bêtes mortes dans les troupeaux sont un autre facteur qui affecte les vautours ; la création de placettes de nourrissage où sont déposés les cadavres par les éleveurs permet de pallier un peu cet écueil. Enfin, l’essor de nouvelles activités constitue une vraie gêne, notamment pendant la période de reproduction : photographes indélicats, notamment avec des drones, mais aussi activités de pleine nature pas toujours respectueuses et surtout passages réguliers d’engins volants… Cependant, la population du Sud-Est se maintient depuis plus de 15 ans sans avoir eu recours à la réintroduction ; et si la présence du percnoptère n’est pas encore définitivement pérenne, les observateurs notent les effets des actions et gardent espoir.